Ces derniers jours, je suis tombé sur de nombreux articles en ligne proposant des astuces pour économiser lors de la construction de votre maison. J’ai donc eu l’idée d’écrire un article à contre-courant, dans lequel j’expose les postes sur lesquels, selon nous, vous ne devez PAS économiser en construisant votre maison ; autrement dit, ces dépenses initiales qui vous feront réaliser des économies sur le long terme.
« J’achète cher parce que je suis pauvre » est un dicton allemand plein de bon sens. Les Allemands estiment que les choses importantes, comme une paire de chaussures ou une veste, doivent être de qualité, afin de remplir leur fonction et de durer longtemps. Appliquons ce principe à la maison :
Investissez dans une bonne conception
On pourrait croire que je prêche pour ma paroisse, mais c’est l’une des choses dont je suis le plus convaincu. Avec un bon projet, qui anticipe par exemple de futures extensions, qui module correctement la structure pour que toutes les fenêtres et menuiseries puissent être identiques plutôt que sur mesure (et donc plus économiques), qui distingue zones de jour / zones de nuit – voire une zone pour les invités – afin de pouvoir ensuite segmenter les installations, qui propose une géométrie juste, de bonnes orientations et des solutions de climatisation passive, et qui ne contient pas d’erreurs susceptibles de se traduire par d’importants surcoûts pendant le chantier, vous économiserez beaucoup d’argent. En général, un projet d’architecture coûte moins de 5 % du prix des travaux, mais il peut vous faire économiser bien plus que sa propre valeur par rapport à un projet bon marché, mais mal optimisé ou comportant des erreurs.
Investissez dans l’efficacité énergétique.
Côté installations, de bons capteurs solaires thermiques pour chauffer l’eau sont rentabilisés grâce aux économies d’électricité en moins de cinq ans ; au-delà, votre facture d’électricité diminue. Des installations correctement segmentées vous permettent de couper certaines zones de la maison lorsque vous ne les utilisez pas (par exemple, si vous disposez d’une zone pour les invités, elle doit être raccordée à un circuit indépendant que vous pouvez fermer. Cela coûte un peu plus au départ, mais vous économisez ensuite pour toujours). Il en va de même pour la climatisation : la segmenter est essentiel, en fonction de l’usage et des orientations. Vous pouvez par exemple recourir à des systèmes Airzone, mais la clé reste avant tout de réaliser une bonne étude des installations. Dans certaines maisons, à une heure donnée de la journée, des espaces sont chauds parce qu’ils sont exposés au soleil tandis que d’autres sont froids au même moment : il est important que l’installation ait anticipé ces situations afin de pouvoir faire, dans chaque espace, ce qui est nécessaire (rafraîchir l’un tout en chauffant l’autre) et de ne pas climatiser les espaces lorsqu’ils ne sont pas utilisés. Les panneaux photovoltaïques sont également une option qui finit par être amortie et qui, si l’on autorise à l’avenir le stockage de l’énergie dans la maison et l’utilisation de l’énergie que nous produisons (aujourd’hui, il faut l’injecter dans le réseau et la revendre au fournisseur d’électricité), pourrait constituer une véritable révolution.
Côté construction, il faut employer des systèmes offrant une bonne isolation et supprimant les ponts thermiques, puis contrôler les solutions mises en œuvre à l’aide de caméras thermiques ou de tests d’étanchéité à l’air réalisés dans la maison, du type Passivhaus. Une bonne isolation thermique par l’extérieur (système SATE) et de bonnes fenêtres, à rupture de pont thermique, avec double vitrage et verre extérieur à faible émissivité (attention à ne pas le poser à l’envers : on voit de tout sur les chantiers), représentent un surcoût initial qui s’amortira progressivement ; une fois le retour sur investissement atteint, tout n’est qu’économie.
Il existe en outre des systèmes qui, non seulement empêchent l’entrée du froid ou de la chaleur grâce à l’isolation, mais peuvent aussi laisser entrer l’énergie extérieure lorsque cela nous intéresse, voire assurer le rafraîchissement. C’est le cas des murs Trombe, qui créent à l’extérieur un effet de serre chauffant un mur en terre cuite ou en pierre de forte épaisseur et de faible transmittance : l’énergie est captée le jour, mais parvient à l’intérieur de la maison la nuit (il lui faut une journée entière pour traverser le mur d’une face à l’autre). À l’inverse, pour rafraîchir au lieu de chauffer, on peut recourir à des toitures bassins (« toitures bleues ») qui isolent et dans lesquelles on peut en outre faire circuler de l’air mis en mouvement par des cheminées solaires. Ces dernières sont des cheminées dotées, à l’extérieur, d’éléments métalliques qui s’échauffent et réchauffent l’air qu’elles contiennent ; comme l’air chaud monte, il se crée un mouvement d’air, et donc une ventilation, car cet air entraîne le reste de l’air de la cheminée. Si vous faites circuler cet air au contact de l’eau, plus fraîche, il se refroidit ; et si vous le faites ensuite déboucher à l’intérieur de la maison, vous la rafraîchissez.
Optez pour des systèmes économes en eau et qui réutilisent les eaux usées.
Une autre source d’économies importante dans la maison consiste à utiliser des équipements qui réduisent la consommation d’eau, qui réutilisent les eaux grises, voire qui récupèrent et réutilisent l’eau de pluie. À terme, ces investissements finissent par être amortis.
Misez sur une végétation à feuilles caduques.
Les conceptions qui, en été, protègent du soleil les façades grâce à une végétation à feuilles caduques, pour nous préserver d’un apport massif d’énergie, puis laissent passer cette énergie en hiver, une fois les feuilles tombées, sont une excellente solution, et pas trop coûteuse.
Ventilez.
Cela peut sembler un conseil de grand-mère, mais il n’en est rien. Veiller à ce que la conception prévoie des systèmes de ventilation traversante, que l’on puisse fermer en hiver pour ne pas perdre d’énergie et ouvrir en été pour aérer et tempérer les espaces sans consommation énergétique, constitue une source d’économies importante.
Attention à la brique monomur.
La brique monomur (Termoarcilla) est un excellent système constructif aux nombreuses qualités. S’agissant d’éléments de grand format, les murs s’élèvent plus rapidement. Elle offre en outre d’excellentes performances d’isolation thermique et acoustique. Je vous recommande simplement, si vous choisissez ce système, de le faire poser par des professionnels habitués à l’utiliser, et d’employer les pièces spéciales prévues pour les finitions. Il est très fréquent de voir des maçons mal utiliser la brique monomur par méconnaissance, et traiter les angles, les linteaux et les tableaux avec de la brique classique ou des morceaux de brique monomur au lieu des pièces spéciales conçues à cet effet, créant ainsi des ponts thermiques et acoustiques.
Planifiez bien le chantier et engagez un bon superviseur pour encadrer l’entreprise de construction et les corps de métier.
Un chantier est un processus composé de nombreuses tâches distinctes qui se chevauchent. Certaines interventions doivent précéder d’autres (comme les installations avant les enduits) et certaines constituent un goulot d’étranglement pour toutes les autres (par exemple, après le coulage du béton, il faut attendre un certain temps avant de pouvoir travailler sur un nouvel étage) : une bonne organisation du processus permet donc de l’optimiser et de vous faire économiser beaucoup d’argent. Si vous menez vous-même la construction (auto-promotion), n’économisez pas sur l’organisation de ce processus et confiez-la à un bon chef de projet (project manager). Si vous déléguez la construction à une entreprise, le processus n’est pas de votre responsabilité, mais il est important que vous contrôliez, avec l’aide d’un technicien, la qualité des prestations et les délais du chantier, et que l’on exécute bien ce qui a été prévu au projet. C’est une autre dépense sur laquelle il ne vaut pas la peine d’économiser, car une bonne supervision peut vous faire économiser plus qu’elle ne coûte.
Conclusion
Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je m’en tiendrai à ces exemples et à une idée générale. Lorsque l’on raisonne sur toute la durée de vie de la maison, et non seulement sur l’investissement initial, mais aussi sur les dépenses mensuelles, l’entretien annuel et pluriannuel et la durabilité, la perspective change.
Certaines choses ne sont pas une dépense mais un investissement, et c’est là qu’il faut dépenser.

